Un ami me demande pourquoi je n'écris pas quelque chose de plus substantiel. D'abord, je le remercie de croire qu'il me serait possible de le faire; ensuite, je m'empresse de lui répondre qu'une cigale est une cigale et qu'un certain art de vivre nous laisse de précieux loisirs qu'il serait malheureux d'organiser.
D'ailleurs, j'écris ces quelques lignes un vendredi soir, dans une atmosphère de profonde quiétude. J'écoute la sonate V en sol majeur de Corrette, interprétée par les Voix humaines (Atma, ACD2 2307). Les violes de gambe, les bassons, la contrebasse, le théorbe et le clavecin s'amusent dans les bois, jouent à cache-cache avec nos émotions les plus frivoles, comme si la musique ne cessait de dire : "Coucou, je suis là. Viens vers moi. Non, pas là. Tourne à droite, marche vers le tilleul. Ça y est, continue. Tu y es presque. Tu brûles. Maintenant, arrête-toi. Ferme les yeux. Savoure ta solitude."
Balzac, dans La Théorie de la démarche, pose cette question : "N'avez-vous pas souvent ri des gens qui virvouchent?" Et Balzac précise : "Virvoucher exprime l'action d'aller et de venir, de toucher à tout, de bourdonner, de tatillonner; virvoucher, c'est faire une certaine quantité de mouvements qui n'ont pas de but."
Virvoucher... Un verbe ne m'a jamais aussi bien décrit. La Comédie humaine, ce n'est pas pour moi. Il faut du génie; je n'en ai pas. Il faut exiger de soi toujours plus de travail; je me plains d'en avoir toujours trop. Il faut se donner un but dans l'existence; je n'en ai aucun. Bref, je ne fais rien de ma vie. Sinon que j'enseigne.
C'est pas grand-chose. Mais c'est au moins ça.
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vendredi 22 août 2008
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